Tales of Thread – Une exposition de tapisseries

« La grande tapisserie est suspendue au mur à Paris. Au-dessus d’un des Dubuffet. Elle fait bien là et elle me plait beaucoup. Suzanne aussi est contente de l’avoir. Et aux visiteurs j’ai grande joie à les voir bafouiller et chercher ce que peut bien être cette œuvre que tous s’extasient à regarder. »

Jean Planque, lettre du 14 janvier 1968 – © Archives Antoni Clavé

 

Il n’est nullement question de haute ou de basse lisse dans les « tapisseries » de Clavé. Techniquement, ce sont des assemblages de divers tissus (vieux linges, morceaux de tapis usés, étoffes colorées) déchirés, découpés, froissés et cousus par Madeleine, la compagne de Clavé, à la machine ou à la main, selon un ordre qu’il a minutieusement choisi, où il a orchestré des rencontres de matières et des pièges de couleurs. Ces tapisseries-assemblages sont d’imposants tableaux en relief qui reprennent des thèmes communs à ses peintures. Les Rois et les Guerriers sont des thèmes directement issus de Gargantua, livre de bibliophilie illustré par Clavé en 1955, et qui a nourri le vocabulaire iconographique de Clavé aussi bien en gravure qu’en peinture et en sculpture tout au long de sa carrière.

En 1967 le Park Güell, ce monde clos, excentrique et somptueux inspire à Clavé une série de peintures jusqu’en 1969. Gaudí propose une interprétation originale de l’Art nouveau, synthèse entre tradition et modernité. Lorsque Güell meurt en 1918, ses héritiers offrent le parc à la Mairie de Barcelone. En 1926, il est ouvert en tant que parc municipal. Clavé, alors adolescent, découvre cet espace incroyable où nature et architecture se complètent merveilleusement. Les volutes, les motifs floraux, les arabesques et autres pochoirs prennent naturellement place dans ses compotions des années 1967-1969 en hommage à Gaudí telles cette tapisserie-assemblageÀ Antoni Gaudí. La composition est riche, saturée de matières et de couleurs et d’une solennité toute catalane.

Jean Planque, l’œil d’Ernst Beyeler, ne s’y est pas trompé. Il découvre ces tapisseries singulières lors d’un séjour chez Antoni Clavé en 1966. Il en acquiert aussitôt une et parle de ces nouvelles œuvres à Beyeler, mais sans succès. Planque s’obstine, en parle à Creuzevault qui organise à Paris une exposition de ces étranges tapisseries. Elles seront également montrées chez Semiha Hübert à Zurich en 1967 puis au musée Picasso d’Antibes et à la Sala Gaspar en 1968.

Cet automne, la Custot Gallery Dubaï présente “Tales of Thread” (conte de fils), une exposition présentant vingt-huit tapisseries, tapis et œuvres d’art textiles de 18 artistes modernes et contemporains dont Alexandre Calder, Eduardo Chillida, Antoni Clavé, Alice Anderson, Robert Delaunay, Sonia Delaunay, Maurice Esteve ou encore Sheila Hicks. “Tales of Thread” célèbre la renaissance de l’art textile, qui intègre parfaitement les réflexions artistiques du modernisme européen tout en s’inscrivant dans un artisanat millénaire.

Vue de l’exposition “Tales of Thread” Œuvres de Picasso, Clavé, Chillida  

Vue de l’exposition “Tales of Thread”
Œuvres de Sheila Hicks et Antoni Clavé